Le Principe de Lucifer

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Le Principe de Lucifer est un livre qui vous marque le cerveau au fer rouge. Et de ces livres, il en existe, quoi que l'on pense, très peu.

Que dit Howard Bloom ? Que la violence est au coeur de la Nature, au coeur de l'homme, au coeur des forces qui gouvernent l'Histoire. Et ce Principe a trouvé son illustration la plus spectaculaire le 11 septembre 2001.

C'est pour cela que son livre est fascinant, parce que nous avons tous vécu des expériences qui confirment les idées qu'il nous expose, mais sans jamais avoir eu les clés pour les comprendre réellement. Alors la lecture du Principe de Lucifer se transforme en une grille acérée de décryptage du comportement social, exactement comme le génie de Freud a permis de comprendre l'origine des pulsions sexuelles.

Le Principe de Lucifer est une expédition scientifique dans les forces de l'Histoire. C'est l'un des rares livres du genre qui se lit avec la facilité d'un roman policier parce que Bloom nous entraîne de manière progressive dans sa magistrale démonstration empirique.

LE PRINCIPE
DE LUCIFER

 

 

Une expédition scientifique dans les forces de l'Histoire

 

Avant-Propos

 

" Le Principe de Lucifer " est un livre qui vous marque le cerveau au fer rouge. Et de ces livres, il en existe, quoi que l'on pense, très peu.  

J'ai lu le " Principe de Lucifer " tout à fait par hasard, en 1998 aux Etats-Unis, et je me revois encore, fasciné et enthousiasmé, expliquer à mon entourage avec la plus grande solennité que c'était le livre le plus important que j'aie lu depuis vingt ans. En effet, malgré une consommation de livres intense, je n'avais pas le souvenir qu'un auteur, hormis Freud, réussisse non seulement à captiver à ce point, mais en plus, à nous donner, comme Freud, une grille qui permet de comprendre, de voir, enfin, le monde social autour de nous tel qu'il est vraiment. Une vision sans les lunettes roses de Jean-Jacques Rousseau, ou, plus récemment, de la Déclaration de Séville pour qui " la violence n'est ni notre héritage évolutionniste, ni présente dans nos gènes ".  

Comme c'est rassurant !  

Mais voilà, c'était sans compter sur Howard Bloom qui a remis les pendules à l'heure de telle manière, après douze années de recherche et d'écriture, qu'il lui a fallu, malgré son carnet d'adresses fourni, présenter son manuscrit à 32 éditeurs new-yorkais pour qu'il y en ait un qui, finalement, ose le publier. A ce jour, les deux livres sont à plus de cent mille exemplaires. Car il s'agit bien d'une révolution, au même titre que le furent les livres de Darwin et de Freud. Après des débuts timides, le " Principe de Lucifer " est devenu un livre culte au point qu'un journaliste anglais, à sa lecture, écrivit " J'ai rencontré Dieu, il habite à Brooklyn ", que des groupes de rock " samplent " des passages de son livre lus à haute voix afin de les intégrer dans leurs rythmes et que des professeurs émérites de Cambridge, de Stanford et de UCLA, entre autres, endossent officiellement son travail (voir la revue de presse).

Aucun écrivain moderne n'a bénéficié, avant lui, d'un tel hommage !

Cioran a dit " Un livre qui laisse le lecteur pareil à ce qu'il était avant de le lire est un livre raté ". Dieu qu'il avait raison Cioran. On peut dire qu'il y a deux états pour les lecteurs du " Principe de Lucifer ", le " avant ", et le " après ", et très peu d'entre eux ont regretté de l'avoir lu. De plus, comme avec un véritable livre diabolique, une fois qu'on l'a lu, on n'ose plus y retoucher, mais on jette des coups d'œil furtifs à la bibliothèque pour vérifier tout de même s'il n'a pas quitté sa place. Normal pour un livre aussi puissant. Il pourrait disparaître. Surtout avec un titre aussi extraordinaire.

Copernic a déclaré que la Terre tournait autour du Soleil. Darwin a mis en pièces la Bible. Freud a révélé la sexualité omniprésente. Mais que dit Bloom de si révolutionnaire ? Il dit tout simplement que la violence est " en réalité un outil fondamental de la Nature pour nous améliorer ". Dans un monde judéo-chrétien qui nous dit que " l'homme est gentil, c'est la société qui le rend mauvais ", cela fait effectivement désordre. Bloom démontre donc méticuleusement le contraire et avec un talent tel qu'il nous rappelle furieusement le " Mal Français " d'Alain Peyrefiite, mais un mal d'un tout autre genre.

Bloom a repris le flambeau là où s'est arrêté le professeur Laborit : " Le Principe de Lucifer " est une version puissance mille, et mise à jour, du merveilleux film d'Alain Resnais " Mon Oncle d'Amérique ". Et si on devait comparer ce livre à une œuvre d'art, le " Principe de Lucifer " de Howard Bloom serait le " Jardin des Délices " de Hyreonimus Bosch, par opposition au " Jugement Dernier " de Michel-Ange.

Bloom est l'anti-Rousseau, un auteur qui, grâce aux fulgurants progrès scientifiques de ces dernières années, a décidé de ne pas tricher et de ne pas nous tendre un miroir pré-déformé à ses propres idéaux. C'est pour cela que son livre est fascinant, d'autant que nous avons tous vécu, ou vu, les idées qu'ils nous expose, mais sans jamais avoir eu les clés pour les comprendre réellement. Alors la lecture du " Principe de Lucifer " se transforme progressivement en une grille acérée de compréhension du comportement social, exactement comme la lecture de Freud permet de comprendre l'origine des innombrables pulsions sexuelles.

" Le Principe de Lucifer " est une expédition scientifique dans les forces de l'Histoire. C'est l'un des rares livres scientifiques qui est compréhensible de tous et qui se lit avec la facilité d'un James Bond parce que Bloom nous entraîne de manière progressive dans sa magistrale démonstration empirique.

Mais que vient faire Lucifer là-dedans ?

 

Eh bien, c'est Cioran, une fois de plus, qui a la réponse : " Si vous voulez, je suis pareil au diable, qui est un individu actif, un négateur qui met les choses en branle ". Le Principe de Lucifer est cette force négative qui met en marche les choses. Certes, on a du mal à le croire. Mais comme on l'a vu précédemment, il y a le " avant ", et le " après " de la lecture de ce livre.

 

Pierre Jovanovic

 

Introduction à la version  

française

par

Howard Bloom

 

Je ne suis jamais allé en France. J'ai appris la langue française. J'ai écrit des essais et des fictions en français, j'ai suivi les conseils de Rimbaud de dissocier délibérément les sens, je me suis passionné pour l'ascension des philosophes, j'ai passé des mois immergé dans la poésie de Mallarmé et les pièces de Jean Anouilh, j'ai appris des leçons de vie essentielles grâce à l'interprétation du mythe de Sisyphe par Albert Camus, j'ai envié Buffon pour son domaine plein de livres et d'assistants prêts à aller lui chercher le volume précis dont il avait besoin pour ses recherches et j'ai adoré l'esprit de Voltaire (et été surpris d'apprendre qu'à son époque il était souvent accueilli par des foules de femmes à sa descente de voiture, exactement comme les rock stars sont assaillies aujourd'hui par des femmes).

 

Pendant des dizaines d'années, j'ai pensé en français. Je me soupçonne même d'avoir rêvé en français. Mon père, qui est devenu le plus grand marchand de vin de l'Ouest de l'état de New York, allait chaque année en France visiter les châteaux, goûter les vins et acheter des caisses d'une diversité rare aux Etats-Unis. Enfant, je me consacrais déjà à la science… mais, un été, mon père m'éloigna de mon microscope médical et de mes livres de physique quantique pour me faire étudier les millésimes, apprendre la qualité du sol et de la pluie dans chaque vallée française où poussaient les vignes. Puis il m'encouragea à composer et à calligraphier des affichettes décrivant les caractéristiques uniques de chaque vin, des affichettes destinées à entraîner, chez ceux qui venaient acheter du scotch et du gin, une fascination aussi puissante que celle de mon père pour ces importations françaises.

 

L'un des nombreux penseurs français à avoir influencé mes réflexions, Blaise Pascal, a dit que " le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. " Les émotions que Pascal appelait le " cœur " sont moins internes qu'elles ne le paraissent. L'amour et la haine, le plaisir et la dépression, les sentiments du " cœur " s'étendent au-delà de nous et nous lient aux autres êtres humains. Les autres sont ceux que nous aimons. Les autres sont ceux que nous détestons. L'admiration des autres nourrit notre sentiment de plaisir. Le mépris des autres nous arrache le plaisir. Le cœur est une foule à l'intérieur de nous, qui reflète la foule extérieure. Si le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, la société a-t-elle, elle aussi, des raisons cachées ? Cherche-t-elle à atteindre des objectifs que nous, cellules cardiaques du corps social, ne connaissons pas ?

Les théories sur la société et l'esprit ont été étonnamment aveugles à certaines de nos expériences les plus essentielles : l'enthousiasme, l'exubérance, l'amour, la dépression, l'anxiété et la haine de soi. Même dans les sciences psychologiques, un nombre restreint de ces passions ont été expliquées de façon convaincante d'un point de vue évolutionniste. Rares sont celles dont le rôle dans la survie de l'espèce ou dans l'évolution des tribus, des empires et des bousculades mondiales de la société a été exploré. Les émotions ont été considérées comme étrangères à l'étude de l'attention, de la perception, de la formation de concepts, de la sociologie, de la science politique, de l'économie et de nombreux autres domaines où règnent le jeu du dilemme du prisonnier et les théories du " choix rationnel ".

 

L'émotion est le point d'entrée par lequel Le Principe de Lucifer pénètre dans le mystère humain.

Ignorer les émotions lorsque l'on tente de modeler les mécanismes qui font fonctionner la société est aussi fou que d'éliminer l'envie de viande de l'étude psychologique des loups. Alexandre le Grand sculpta le monde connu, poussé par une émotion : la soif de renommée. Hitler fut obligé d'abandonner ses ambitions d'artiste à cause de l'émotion, et les émotions que crachait sa bouche motivèrent une nation à perpétrer des actes convulsifs. L'émotion pousse les anti-mondialistes du XXIème siècle à paralyser le centre des villes où se tiennent les sommets internationaux. Elle motive des kamikazes palestiniens et incite des terroristes à égorger des villageois sans défense en Algérie.  

Une théorie sociale sans émotion est une théorie sociale sans êtres humains, car c'est l'émotion qui rassemble la société et la fait avancer. La clé des émotions se trouve, ironiquement, dans la métaphore d'une machine, non pas dans le mouvement d'horlogerie d'un Newton, mais dans la machine à apprendre explorée dans les domaines du connexionisme et des systèmes dynamiques complexes.

Ce livre s'interroge sur ce qui fait tourner nos passions et nos systèmes sociaux. Les réponses sont souvent déplaisantes. Les émotions personnelles nous transforment en crampons se blottissant en unités sociales plus grandes. Mais les traits qui nous rassemblent suivent une règle simple : " Car on donnera à celui qui a, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. " Cette phrase, prononcée par Jésus dans l'Evangile de Mathieu, est l'une des phrases les plus dures ayant émergé de la bouche du Prince de la Paix. Pendant des années, sa simple présence dans le Nouveau Testament m'a gêné. Puis j'ai découvert le principe qui se cache dans les œuvres de la Nature. Cela a donné un sens à de nombreux phénomènes jusqu'alors inexplicables. Mais cela n'a absolument pas adouci son amoralité glaçante.  

Les systèmes que je vais décrire ne sont pas mon idée de ce que devrait être le monde   

Non, je ne suis jamais allé en France. Je n'ai jamais vu Paris, Marseille, Nantes, Limoges, Lyon, Toulouse ou Montpellier. Mais grâce aux Editions Le Jardin des Livres, le Principe de Lucifer est venu à vous. J'espère qu'il sera pour vous un digne visiteur.

 

New York 26 juillet 2001

 

 

1

 

QUI EST LUCIFER ?

Te voilà tombé du ciel, Astre brillant ! …

 

Tu disais en ton cœur : Je monterai au ciel, j'élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu…

 

Je monterai sur le sommet des nues, je serai semblable au Très Haut.

 

 

Il y a mille huit cents ans dans la ville de Rome, un hérétique chrétien influent du nom de Marcion regarda le monde qui l'entourait, et en tira la conclusion suivante : le Dieu qui a créé notre cosmos ne peut pas être bon. L'univers était tissé de fils effroyables : violence, massacres, maladie et souffrance. Ces maux étaient l'œuvre du Créateur. Celui-ci ne pouvait être qu'une force perverse et sadique, dont il fallait entraver l'influence sur l'esprit des hommes.

 

 

 

Les chrétiens plus traditionnels trouvèrent une autre façon de traiter le problème du mal. Ils créèrent le mythe de Lucifer. Lucifer était un ange magnifique, courtisan de Dieu, l'un des plus grands parmi ceux qui peuplent les salles royales du paradis. Il était respecté, puissant, charmant, imposant par son assurance. Mais il avait un défaut : il voulait usurper le siège du pouvoir divin et s'emparer du trône de Dieu lui-même. Lorsque le complot fut découvert, Lucifer fut précipité hors du paradis, exilé sous la terre et jeté dans le lugubre domaine de l'enfer. Les anciens Dieux qui avaient participé au complot furent jetés dans les sombres grottes souterraines avec lui.  

 

 

Mais Lucifer disposait toujours des attributs de son créateur et ancien maître. C'était un organisateur, un artisan potentiel de nouveaux ordres, une créature apte à rassembler des forces à sa propre façon. L'ange déchu ne resta pas allongé face contre terre dans la boue des grottes sombres. Son premier geste fut de mobiliser les Dieux querelleurs enfermés avec lui en enfer et de les organiser en une nouvelle armée.

Puis Lucifer partit à la conquête du monde, en choisissant comme pion une toute nouvelle invention divine, un couple innocent que Jéhovah venait de placer dans un jardin : Adam et Ève. Lorsque le Grand Séducteur tenta Ève avec la pomme de la connaissance, celle-ci ne put résister au fruit luciférien. Le péché d'Ève contre Dieu corrompit l'humanité entière. Depuis ce jour, l'homme aspire à Dieu, mais reste la victime du démon.

 

Marcion l'hérétique affirmait que Dieu était responsable du mal. Les chrétiens du courant dominant absolvèrent le Tout-Puissant de toute responsabilité, en imputant tous les maux au Prince des Ténèbres et à l'homme. Mais, curieusement, Marcion comprit la situation bien mieux que les disciples plus conventionnels de l'Eglise, car Lucifer est seulement l'un des visages d'une force plus importante. Le mal est une conséquence, une composante de la création. Dans un monde évoluant vers des formes toujours supérieures, la haine, la violence, l'agression et la guerre sont les éléments d'un plan évolutionniste. Mais où ces éléments s'insèrent-ils ? Pourquoi existent-ils ? Quel peut être l'objectif positif qu'ils cherchent à atteindre ? Voici quelques-unes des questions qui sont à l'origine du Principe de Lucifer.

 

Le Principe de Lucifer est un ensemble de règles naturelles, fonctionnant à l'unisson pour tisser une toile qui nous effraie et nous épouvante parfois. Chaque fil de cette tapisserie est fascinant mais l'ensemble est encore plus stupéfiant. En son centre, le Principe de Lucifer ressemble à cela : la Nature découverte par les scientifiques a créé en nous les pulsions les plus viles. Ces pulsions font en fait partie d'un processus dont la Nature se sert pour créer. Lucifer est le côté obscur de la fécondité cosmique, la lame tranchante du couteau du sculpteur. La Nature n'abhorre pas le mal, elle l'intègre. Elle l'utilise pour construire. Avec lui, elle conduit le monde humain vers des niveaux supérieurs d'organisation, de complexité et de pouvoir.

 

La mort, la destruction et la fureur ne dérangent pas la Mère de notre monde   

 

Résultat : de nos meilleures qualités découle ce qu'il y a de pire en nous. De notre ardent désir de nous réunir provient notre tendance à nous déchirer. De notre dévotion envers le bien résulte notre propension à commettre les plus infâmes atrocités. De notre engagement envers les idéaux naît notre excuse pour haïr. Depuis le début de l'histoire, nous sommes aveuglés par la capacité du mal à porter un masque d'altruisme. Nous ne voyons pas que nos plus grandes qualités nous mènent souvent aux actions que nous abhorrons le plus : le meurtre, la torture, le génocide et la guerre.

 

Depuis des millénaires, les hommes et les femmes regardent les ruines de leurs foyers perdus et les morts adorés qu'ils ne reverront plus vivants, puis demandent que les lances soient transformées en émondoirs et que l'humanité reçoive le don de la paix 

 

*

 

* *

 

Le Principe de Lucifer rassemble des données nouvelles extraites de diverses sciences pour former une lentille perceptuelle, avec laquelle nous pourrons réinterpréter l'expérience humaine. Il essaie d'offrir une approche très différente de la structure de l'organisme social.

 

Le Principe de Lucifer affirme que le mal est intégré à notre structure biologique la plus fondamentale. Cet argument fait écho à un argument très ancien. Saint Paul le proposa lorsqu'il créa la doctrine du péché originel. Thomas Hobbes le ressuscita lorsqu'il qualifia l'ensemble de l'humanité de brutale et mauvaise. L'anthropologiste Raymond Dart le remit en avant lorsqu'il interpréta les restes fossilisés découverts en Afrique comme des preuves du fait que l'homme est un grand singe tueur. Aussi vieux soit-il, ce concept a souvent eu des implications révolutionnaires. Il a été le fil auquel des hommes tels que Hobbes et Saint Paul ont accroché de nouvelles visions dramatiques du monde.

 

J'ai essayé d'employer le sujet du caractère inné du mal chez l'homme, comme l'ont fait ceux qui ont traité le sujet par le passé, pour proposer une restructuration de la façon dont nous concevons l'activité d'être humain. J'ai utilisé les conclusions de sciences avant-gardistes (l'éthologie, la biopsychologie, la psychoneuroimmunologie et l'étude des systèmes adaptatifs complexes, entres autres) pour suggérer une nouvelle façon de considérer la culture, la civilisation et les mystérieuses émotions qui vivent dans la bête sociale. Le but est d'ouvrir la voie vers une nouvelle sociologie, qui dépasse les limites étroites des concepts durkheimiens, weberiens et marxistes, théories qui se sont avérées inestimables pour l'étude du comportement humain collectif, tout en l'enfermant simultanément dans l'orthodoxie.

 

Nous devons construire une image de l'âme humaine qui fonctionne. Non pas une vision romantique de la Nature nous prenant dans ses bras pour nous sauver de nous-mêmes, mais une reconnaissance du fait que l'ennemi est en nous et que la Nature l'y a placé. Nous devons regarder en face le visage sanglant de la Nature et prendre conscience du fait qu'elle nous a imposé le mal pour une raison. Et, pour la déjouer, nous devons comprendre cette raison.

 

Car Lucifer est presque comme les hommes tels que Milton l'ont imaginé. C'est un organisateur ambitieux, une force s'étendant avec puissance pour maîtriser jusqu'aux étoiles du paradis. Mais ce n'est pas un démon distinct de la générosité de la Nature. Il fait partie de la force créative elle-même. Lucifer est, en réalité, l'alter ego de Mère Nature.

 

 

2

 

 

 

L'ÉNIGME
CLINT EASTWOOD

 

Nous nous considérons comme des individus virils, des personnages à la Clint Eastwood, sûrs d'eux et capables de prendre des décisions en faisant fi des pressions du groupe qui étouffe les pensées les moins indépendantes des personnes qui nous entourent. Eric Fromm, gourou psychanalytique des années soixante, popularisa l'idée que l'individu peut contrôler son propre univers. Fromm nous dit que le besoin des autres est un défaut de caractère, une marque d'immaturité. La possessivité dans une relation amoureuse est une maladie. La jalousie est un défaut de caractère de première importance. L'individu mature est celui qui peut avancer dans ce monde en totale indépendance, tel une navette interstellaire fabriquant son oxygène et sa nourriture. Cet individu sain et rare, comme Fromm voulait que nous le croyions, possède le sentiment indestructible de sa propre valeur. Il n'a donc pas besoin de l'admiration ou du réconfort que les faibles désirent ardemment.

 

 

 

Fromm était piégé dans une illusion scientifique devenue un dogme dominant. Selon la théorie évolutionniste actuelle, telle qu'elle est présentée par des scientifiques tels que E. O. Wilson de Harvard et David Barash de la University of Washington, seule la compétition entre individus compte   

 

Cependant, cette idée largement acceptée demande une analyse plus poussée. Chez les êtres humains, les groupes sont trop souvent les moteurs principaux. La concurrence qui existe entre eux nous a amenés sur le chemin inexorable qui conduit aux plus hauts niveaux d'ordre. C'est l'une des clés du Principe de Lucifer.

 

 

 

Au premier abord, cette notion semble élémentaire, à peine digne d'être explorée plus avant, mais elle possède des implications révolutionnaires. Ce livre entend montrer comment la concurrence entre les groupes peut expliquer le mystère de nos émotions autodestructrices (dépression, anxiété et sensation d'impuissance) ainsi que notre féroce attachement à la mythologie, à la théorie scientifique, à l'idéologie, et notre penchant encore plus féroce pour la haine.

 

 

 

La concurrence entre groupes résout l'énigme récemment découverte par les chercheurs en psychoneuroimmunologie dans le système immunitaire. Elle est la réponse aux mystères éternels révélés par les dernières études sur les endorphines et le contrôle. Et elle apporte même des solutions à certains de nos dilemmes politiques les plus déconcertants.

 

 

 

L'individualisme est, pour moi, un credo de grande importance. J'y crois avec force. Mais pour les scientifiques, c'est une chimère qui les mène vers une voie sans issue. En science, l'individualisme est réapparu sous la forme d'une proposition simple : si un élément de notre physiologie (une dent, une griffe, un pouce opposable ou le circuit neuronal sous-jacent à un instinct) a réussi à émerger du processus d'évolution, c'est pour une raison simple : il a permis à l'individu de survivre. Pour être plus précis, l'outil physiologique s'est montré utile dans la survie d'une longue lignée d'individus ayant chacun gardé un avantage concurrentiel grâce à cette partie de leur équipement biologique. Le problème est que cette prémisse de base a ses limites. Comme l'indique une récente recherche sur le stress, la survie de l'individu n'est pas le seul mécanisme du processus d'évolution.

 

 

 

La réaction de stress, caractérisée par de hauts niveaux de corticostéroïdes et des manifestations de lourde anxiété, est généralement décrite comme faisant partie d'un syndrome combat-fuite, ce mécanisme de survie, vestige des temps où les hommes devaient repousser les attaques de tigres à dents de sabre. Lorsque nos ancêtres primitifs étaient confrontés à une bête féroce, la réaction de stress les préparait, à ce que l'on suppose, à engager le combat avec l'animal ou à détaler loin du danger. Mais si la réaction de stress est un mécanisme si merveilleux pour l'autodéfense, pourquoi est-elle si invalidante ? Pourquoi les réactions de stress court-circuitent-elles nos pensées, paralysent-elles notre système immunitaire et nous transforment-elles parfois en tas de gélatine amorphe? Comment ces altérations peuvent-elles nous aider à survivre ?

 

Réponse : elles ne nous aident pas. Les hommes et les animaux ne luttent pas uniquement pour protéger leur existence individuelle   

 

A première vue, notre dépendance vis-à-vis de nos congénères semble, et c'est encourageant, angélique, mais c'est en réalité un cadeau empoisonné. Le psychologue de Harvard, David Goleman, paraphrasant Nietzsche, affirme, " La folie… est l'exception parmi les individus mais une règle dans les groupes. " Une étude menée par le psychosociologue Bryan Mullen montre que plus la foule est nombreuse plus le lynchage est brutal. Freud déclare que les groupes sont " impulsifs, changeants et irritables. " Ceux qui sont pris dans un groupe, soutient-il, peuvent devenir les esclaves infantiles de l'émotion, " gouvernés presque exclusivement par l'inconscient. " Balayés par les émotions d'une foule, les êtres humains tendent à dépasser les limites de leurs contraintes éthiques. Par conséquent, les plus grandes fautes humaines ne sont pas celles que les individus font en privé, ces petites transgressions d'une norme sociale fixée arbitrairement que nous appelons péchés. Les fautes suprêmes sont les meurtres collectifs perpétrés au cours des révolutions et des guerres, les sauvageries à grande échelle qui surviennent lorsqu'un groupe d'êtres humains essaie de dominer l'autre : les actes du groupe social.

 

 

 

La meute sociale, comme nous le verrons, est un soutien nécessaire. Elle nous donne l'amour et les moyens de subsistance. Sans sa présence, notre esprit et notre corps déclenchent littéralement un arsenal de mécanismes internes d'autodestruction. Si nous nous délivrons du fléau de la violence collective, ce sera par l'effort de millions d'esprits, rassemblés dans les processus communs que sont la science, la philosophie et les mouvements pour les changements sociaux. En bref, seul un effort du groupe peut nous sauver des folies sporadiques du groupe.

 

 

 

 

 

*

 

 

 

* *

 

Ce livre traite du corps social dont nous sommes des cellules involontaires. Il traite des moyens dissimulés que ce groupe social utilise pour manipuler notre psychologie, et même notre biologie. Il traite de la façon dont un organisme social se bat pour survivre et œuvre à maîtriser les autres organismes de son espèce. Il traite de la façon dont, sans penser le moins du monde aux résultats à long-terme de nos minuscules actions, nous contribuons aux actes lourds et parfois attérants de l'organisme social. Il traite de la façon dont, par notre intérêt pour le sexe, notre soumission à des Dieux et à des dirigeants, notre attachement parfois suicidaire à des idées, des religions et de vulgaires détails de type culturel, nous devenons les instigateurs inconscients des exploits de l'organisme social.

 

 

  

 

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