Voir Paris et Mourir

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En attendant d'être opéré aux urgences pour une soudaine perforation de l'estomac, le Pr. Howard Storm, un solide athée américain en voyage à Paris, est mort subitement dans une chambre de l'hôpital Cochin.

Découvrant que soudain il ne souffrait plus, le Pr Storm a aussi constaté que quelque chose ne collait pas car il se sentait étrangement léger. Au même moment, il entendit des voix qui lui demandèrent de le suivre. Persuadé que c'était les infirmières qui lui parlaient, il suivit les silhouettes grises qui l'emmenèrent dans l'Au-delà.

A partir de là commence une expérience aux frontières de la mort extraordinaire qui va entraîner le brave professeur laïc aussi bien dans les tréfonds de l'enfer qu'au paradis où il se retrouve en présence des Anges. Et là, le Christ et les Anges vont lui montrer le futur de l'humanité ainsi que la faillite de l'économie américaine avec la destruction des USA...

Il ne pouvait imaginer une seconde avant sa '' mort '' qu'une fois revenu dans son corps, il ne sera plus jamais le même, au point d'abandonner son poste de professeur de l'Histoire de l'Art à la Northern Kentucky University pour devenir pasteur.

L'Expérience aux Frontières de la Mort la plus troublante jamais racontée par un homme qui ne croyait pas que l'enfer ou le paradis puissent exister. A LIRE ABSOLUMENT. Préface d'Anne Rice.

Avant l'expérience, l'anxiété et la dépression avaient gâché ma vie. Je justifiai ma mélancolie en me convaincant que c'était le seul état d'esprit que pouvait ressentir un homme réaliste.

J'avais cru qu'il n'y avait pas de Dieu, de ciel, d'enfer, de Christ, d'anges, de miracles, de vie après la mort et de signification ultime de la vie.

On naît dans un univers complètement hasardeux  lutte pour la survie et le plaisir, puis on meurt.

Quelle est la raison de vivre ?

Il n'y en a pas. Pourquoi ne pas mourir ?

Trop effrayé pour mourir, je restais en vie.

Pr. Howard Storm

 

 Préface d'Anne Rice

À partir de l'instant où j'ai aperçu Howard Storm à la télévision, j'ai su qu'il était extraordinaire parmi les individus uniques qui sont passés de l'Autre Côté, à la suite d'un accident médical.

Oui, j’ai vu la lumière dont tous parlent  expérimenté la récapitulation de ma vie, si souvent mention­née  la chaleur et l'amour d'un être supérieur.

Mais il y avait eu beaucoup plus que ça pour cet homme – comme si cela n'avait pas été assez.

Et il est revenu de la mort pour changer le cours entier de sa vie.

Une carrière d'artiste et de professeur d'art a été abandonnée au profit d'un ministère chrétien... Il était clair que le besoin d'Howard de parler de son expé­rience était irrésistible. Il a été entraîné sur la route qu'ont suivie les saints des anciens temps. Il a été ren­versé sur la route de Damas, et à chaque apparition té­lévisée qui a suivi – et il y en a eu beaucoup – il a don­né l'impression qu'après sa chute, il a remonté à pied et a lutté pour témoigner des implications immédiates de tout ce qu'il avait vu de l'autre côté.

J'ai donc voulu le retrouver, le connaître et lui de­mander plus de détails, mais seul un respect profond pour son intimité m'en a empêchée. Quand je finis par découvrir qu'il voulait écrire sur ses expériences, j'attendis impatiemment son manus­crit. Et mon attente a été largement récompensée.

Le livre que vous avez entre les mains est son té­moignage le plus complet à ce jour

L'histoire est plus que remarquable : c'est l'enfer et le ciel qui sont montrés dans ces pages. C'est le Seigneur lui-même et ses anges qui sont rencontrés.

Howard Storm voit l'univers au-delà des temps. Bien sûr, d'autres ont ra­conté cette histoire. C'est ainsi qu'elle fonc­tionne. Ils sont des témoins en tous temps et en des lieux différents.

Storm est un témoin doté d'une force vitale certaine et d’endurance. Avec une rare combinaison de sophistication et d'humilité, il est capable de nous mener dans un lieu de ténèbres atroces et à sa délivrance grâce à une prière simple, voire primitive. Un royaume de lumière béate est révélé ici dans toute sa splendeur. Nous sommes emportés par Howard Storm au-delà du temps et du doute, et nous nous soucions des véritables secrets de l'univers avant le retour inévi­table et douloureux.

Ne vous trompez pas : cet homme est un mystique. Ceci est un livre qui répond à un appel. C'est un livre que vous dévorerez de la première à la dernière page, et vous le passerez à d'autres. Ceci est un livre que vous citerez dans votre conversation quotidienne. Storm était destiné à l'écrire et nous sommes faits pour le lire.



Chaque expérience aux frontières de la mort change celui qui y survit. Celle-ci touche inévitablement d'innombrables autres person­nes.

La vocation de Storm est de toucher une grande multitude : les pains et poissons qui lui sont donnés nourriront des milliers, si ce ne sont des centaines de mil­liers de personnes.

C'est son cadeau, son cadeau pour nous.

Anne Rice New Orleans

~ 1 ~

Paris

Paris, la cité de la lumière.

Qu'est-ce qui pourrait aller mal dans le cœur du monde civilisé ?

Cela devait être la veille du dernier jour de notre visite artistique en Europe. Nous commençâmes samedi matin avec la maison et l'atelier d'Eugène Delacroix. L'atelier contenait sa palette, son chevalet, la chaise sur laquelle il s'asseyait et son bureau. Seule ma femme Beverly et moi allâmes à l'atelier car tous les autres membres du groupe voulaient dormir tard, fatigués qu'ils étaient d'être traînés de musées en galeries du matin jusqu'au soir. Nous arrivâmes donc au musée Delacroix à neuf heures, et juste avant onze heures, nous revînmes à notre chambre d'hôtel pour préparer notre petit groupe à se rendre au centre Pompidou. Cela devait être l'un des sommets de ce tour d'Europe.

De retour à la chambre d'hôtel, je sentis monter en moi une sensation de nausée. Quelques fois pendant notre voyage, j'avais eu des indigestions et j'avais pris des antiacides en vente libre ainsi que de l'aspirine qui soulagèrent toujours le malaise. Cette fois-ci je pris deux aspirines que j'avalai avec un cola éventé du soir précédent, et je continuai à parler avec quelques étudiants tout en essayant d'ignorer le malaise croissant de mon estomac. Alors que je parlais avec mon étudiante Monica, j'ai eu soudain l'impression qu'on m'avait tiré dessus... J'éprouvai une douleur brûlante au milieu de mon ventre. Mes genoux flanchèrent et je tombai à terre, me tenant le ventre et hurlant de douleur.

Quelque chose d'horrible était en train de se passer en moi mais je ne savais pas quoi. J'étais même étonné qu'il n'y ait pas de blessure extérieure visible sur mon corps. En fait, il n'y avait pas eu de bruit, et quand je regardai, je ne pus trouver un endroit par lequel une balle aurait pu entrer dans la chambre.

Le soleil du matin passait à travers les vitres de la porte fermée du balcon, filtré par les rideaux droits. Il n'y avait pas de verre brisé où j'aurais pu voir le trou causé par une balle ayant traversé la fenêtre, pas de trou déchiré dans le tissu immaculé. Il y avait seulement une blessure profondément enfoncée dans mon abdomen.

La douleur me submergeait comme si je m'enfonçais dans un bain de lave d'agonie. Me débattant par terre dans une confusion désespérée, je cherchai fiévreusement une explication pour ce qui m'arrivait. Une minute auparavant, j'étais en train de parler avec Monica de notre prochaine visite au musée et la minute d'après, j'étais agité sur le sol en proie à une douleur qui me consumait. Je m'étais effondré au pied du lit mais je m’étais traîné dans l'espace réduit entre le mur et le lit. De terreur, je luttais dans un espace où je pourrais être en sûreté, en position fœtale. Coincé entre le lit et le mur, je me battais pour contrôler la panique qui montait. En hurlant et en gémissant, je savais que j'ajoutais à ma situation difficile et que ma femme ne pouvait comprendre ce qui m'arrivait.

Je criai à ma femme Beverly d'appeler un docteur. Elle était tétanisée par le choc. Je jurai même quand je vis qu'elle ne me répondait pas. Elle se reprit suffisamment pour appeler la réception de l'hôtel et on lui répondit qu'un médecin allait arriver. Depuis le sol, je regardai la longue fenêtre de la porte française du balcon. À travers les rideaux blancs transparents, la lumière entrait à flots dans la petite chambre, et dehors le ciel était d'un bleu d'azur. D'une certaine manière, je fus rassuré par la beauté du jour. Quelque chose allait très mal en moi, mais je puisais du réconfort dans le fait que le médecin allait arriver. C'était quand même Paris, la Cité des Lumières, et tout irait bien. En attendant, la douleur augmentait. J'essayais d'être stoïque. Je combattais pour contrôler la douleur lancinante.

En dix minutes, le docteur arriva. Il était d'une stature frêle et devait avoir une trentaine d’années. Je ne pus que faiblement résister quand il s'efforça de me mettre sur le lit. En ouvrant les boutons de ma chemise pour examiner mon estomac, il me demanda ce qui s'était passé. Le tâtonnement de ses doigts sur mon abdomen aggrava la douleur. Je luttai avec lui. Il me dit que j'avais une perforation du duodénum et que je devais aller directement dans un hôpital.

 Est-ce que j'aurai besoin d'une opération ? demandai-je.

 Oui, immédiatement.

Il appela une ambulance et m'injecta une petite quantité de morphine. L'agonie intense commença à s'apaiser. Il m'expliqua que la morphine était juste suffisante pour m'emmener à l'hôpital, mais qu'elle n'interférerait pas avec l'anesthésiant du chirurgien que j'aurai bientôt.

Je réussis à penser plus clairement. Le séjour à l'hôpital serait le plus gênant. Le lendemain, ma femme, nos étudiants et moi étions supposés nous rendre à Amsterdam pour reprendre l'avion vers les Etats-Unis. Mais tout irait bien. Je pouvais assurer. Je l'avais toujours fait.

Les deux jeunes ambulanciers paraissaient charmants. Ils me soulevèrent du lit et m'amenèrent de l'autre côté, portant mon corps sur leurs épaules. Nous descendîmes le hall et entrâmes dans l'ascenseur qui nous amena au premier étage. Il y avait à peine de la place pour nous et j'étais comprimé entre eux. L'ascenseur s'arrêta au premier au-dessus de la rue. De là, un long escalier tournant y menait. L'ambulancier trouva une chaise droite dans le restaurant et me fit descendre les escaliers en me portant jusqu'à la rue. Les hommes s'efforçaient de me tenir en hauteur et en équilibre. Je titubais et chancelais, mais ils luttèrent pour me porter. Je n'arrêtais pas de murmurer: « S'il vous plaît, ne me laissez pas tomber ». Ils m'étendirent sur une civière à même le trottoir et la firent ensuite glisser à l'arrière d'une petite ambulance. Pendant un moment je paniquai, parce que je redoutais qu'on parte sans ma femme. À mon grand soulagement, je vis Beverly s'asseoir sur le siège avant entre les ambulanciers. Le véhicule traversa à toute allure les rues de Paris, avec sa sirène caractéristique, s'ouvrant un passage dans le trafic intense de midi. Le son des sirènes gémissant plaintivement dans les rues parisiennes congestionnées me rappela des scènes de films de la deuxième guerre mondiale.

Après un étonnant trajet effectué à grande vitesse dans la petite ambulance zigzaguant dangereusement à chaque croisement, nous arrivâmes aux urgences de l'hôpital Cochin. Là je rencontrai deux femmes médecins qui commencèrent immédiatement leur examen minutieux. L'une d'elles ressemblait à Jeanne Moreau, jeune, et l'autre était mince et pâle, avec des yeux très tristes. L'examen intime qu'elles pratiquèrent fut gênant.

Après avoir regardé les radios, elles me dirent que j'avais un large trou dans le duodénum dont la cause était inconnue, peut-être due à un ulcère, ou à un corps étranger. Je devais être immédiatement opéré ou c'était la mort assurée. Je demandai s'il était possible de le faire aux USA, et elles me répondirent que je ne survivrais pas au voyage. Elles m'assurèrent cependant que c'était le meilleur et le plus grand hôpital de Paris. Elles étaient convaincues aussi bien de l'urgence de la situation que de la nécessité de la chirurgie. Puis elles eurent besoin d'introduire une sonde dans mon estomac, mais sans m'expliquer la procédure. Un infirmier imposant se mit à cheval sur moi et commença à faire descendre un large tube, comme celui d'un aquarium, par mon nez. Il heurta le fond de ma gorge, provoquant une réaction de haut le cœur. Plus j'avais le haut le cœur, plus il poussait. À travers les larmes qui remplissaient mes yeux, je vis le docteur mince aux yeux tristes et compatissants me faire avec ses mains des gestes d'avaler  vers le bas.

Je continuai à sentir la douleur, mais la morphine avait extirpé la terreur folle. Les choses étaient maintenant supportables. Une partie de mes efforts pour me contrôler consistait à me forcer à rire faiblement et à faire des jeux de mots vaseux. J'étais effrayé. Je dis à ma Beverly adorée que tout irait bien. Les docteurs parlèrent d'un séjour hospitalier de trois à quatre semaines. Puis il y aurait quelques mois de convalescence à la maison.

Après l'examen au service des urgences, je fus emmené en brancard hors du bâtiment et conduit à plusieurs blocs de là dans celui où la chirurgie devait avoir lieu. Chaque fois que les roues heurtaient une imperfection du trottoir de béton, la douleur fusait dans mon estomac, mais j'étais réconforté par la beauté des environs. C'était midi, le soleil brillait, et c'était le premier jour de juin, dans la plus belle ville de France, Paris.

Était-il possible que quelque chose aille mal ?

Nous prîmes l'ascenseur pour aller à l'étage supérieur et attendre l'opération. Mon compagnon de chambre était un gentleman, Monsieur Fleurin qui parlait anglais et avait la soixantaine avancée. Sa femme lui rendait visite. Son père était un Américain arrivé en France comme soldat pendant la Première Guerre, et il était resté. Son anglais était excellent. Son épouse essaya aussitôt de me rassurer et réconforta ma femme effrayée. Madame et Monsieur Fleurin étaient des gens parfaitement exquis et pleins de compassion pour nous étrangers, totalement apeurés.

Il était à peu près midi. Après un tourbillon d'activité, tout redevint calme. Le lit que l'on m'avait donné n'avait pas d'oreiller, aussi Beverly fit un rouleau de draps pour surélever ma tête. C'était le début de l'attente de la chirurgie, et la douleur aiguë augmentait graduellement. Des rafales de douleurs violentes, comme des coups de couteau, se diffusaient dans mon thorax. Elles me coupaient le souffle. Les docteurs me dirent de rester couché le plus tranquillement possible, pour ne pas provoquer d'écoulement de suc gastrique et d'autres sucs qui corrodaient mes entrailles.

Ce que je ne savais pas était qu'à cette époque, pendant les week-ends, les hôpitaux parisiens étaient en sous-effectif ! La plupart des docteurs étaient en vacances au bord de la mer ou à la campagne. J'ai appris plus tard qu'il n'y avait eu qu'un seul chirurgien de garde dans tout l'hôpital ! Lui seul pouvait opérer  seul pouvait prescrire un quelconque médicament. Je n'ai jamais vu le chirurgien ce jour-là, et comme les infirmières n'ont pas autorité à donner des médicaments, elles étaient impuissantes à faire quoi que ce soit dans ma situation qui s'aggravait.

Dans la salle d'urgence, ils avaient mis en place le large tube de caoutchouc, passant par mon nez jusqu'à mon estomac, pour aspirer tous les fluides digestifs. Il m'était très difficile de parler et ma bouche devint très sèche  elle avait un goût de caoutchouc. Et je n'avais pas le droit de boire quoi que ce soit pour apaiser ma sécheresse.

La douleur au centre de mon abdomen empirait. Le tourment irradiait dans ma poitrine et jusque dans mon pelvis. Rester pelotonné en position fœtale, c'était la seule manière d'empêcher la brûlure d'irradier plus loin dans mes extrémités. Des larmes coulaient sur mes joues en raison de la douleur. Le seul son que je pouvais émettre était un gémissement occasionnel, comme un animal. Quand j'essayais de marcher, cela agitait mon abdomen et amplifiait la douleur. Il valait mieux rester couché parfaitement calme et me centrer sur le fait de respirer le plus calmement possible

Et les minutes s'écoulaient en paraissant des heures.

Aucun docteur ne vint.

Quand une infirmière entrait dans la pièce, je lui demandais de la morphine. Mais les infirmières ne pouvaient rien faire. Comme elles ignoraient mes demandes, je priais Monsieur Fleurin de demander pour moi. Je disais aux infirmières que j'étais en train de mourir, et j'avais dit la même chose à Monsieur Fleurin. Au milieu de l'après-midi, l'infirmière dit qu'elle allait contacter un médecin pour voir ce qu'ils pouvaient faire et me donner une injection de « relaxant gastrique ». Il n'eut pas le moindre effet. Pendant tout ce temps, Beverly ou moi posions des questions aux infirmières sur l'opération, et elles nous disaient qu'elle serait réalisée dans l'heure.

Au début de l'après-midi, l'effet de la morphine avait complètement cessé. La douleur brûlante empirait continuellement. Mon estomac me donnait l'impression d'être plein de charbons ardents. Des flashes incandescents de douleur intense fusaient dans mes bras et mes jambes. Je continuai à dire en français que j'étais en train de mourir et je demandai sans cesse de la morphine. Je pensai aussi que je devrais être inconscient vu mon état. Rien dans ma vie ne m'avait préparé à cette intense agonie. Pourquoi est-ce que je ne m'évanouissais pas ? Qu'avais-je fait pour mériter cela ?

L'infirmière devint de plus en plus impatiente du fait de nos questions et de nos demandes. Beverly s'entendit dire que si elle ne cessait pas, elle serait mise à la porte de la chambre. Ma pauvre jolie femme ne pouvait rien faire pour moi, ni trouver quelqu'un pour m'aider. Elle était parfaitement consciente qu'elle était en train de me perdre, et il n'y avait rien qu'elle put faire en dépit de toutes ses demandes.

Avec le recul, je réalise que ce sordide manque d'attention ne résultait pas de la malignité, mais plutôt d'une inaptitude et d'une indifférence bureaucratique. Je réalise aussi que n'ayant pas exprimé plus dramatiquement l'agonie que je vivais, l'équipe médicale n'avait pas réalisé toute l'étendue de ma crise.

En effet, toute ma vie a été celle d'un stoïcien auto-suffisant. Je croyais que je n'avais besoin de l'aide de personne. Je pouvais faire n'importe quoi. Je pouvais le faire, je le pensais. Dans ma douleur extrême, les secondes semblaient des minutes et les minutes des heures. Minute après minute, seconde après seconde, les heures du temps passaient.

À vingt heures, ce soir-là, la douleur était devenue totalement intolérable. J'étais dans le même lit, dans la même position, dans la même chambre depuis midi, toujours sans avoir vu un docteur. La douleur n'avait plus ces fluctuations, mais ne faisait qu'empirer. Les sucs gastriques s'écoulant de mon estomac jaillissaient dans ma cavité abdominale et me dévoraient littéralement de l'intérieur. Le tourment desséchant gagnait en sévérité et je m'affaiblissais. Respirer était presque impossible. J'essayais d'investir la moindre énergie dans l'inhalation ou l'exhalaison pour rester en vie. Il était très clair pour moi que je devais absolument continuer à respirer pour rester en vie. Point.

J'étais tellement affaibli par l'épreuve que je savais qu'il ne me restait que très peu de résistance.

Je continuais cependant à penser que ce n'était pas la manière dont c'était supposé finir. J'étais en train de m'éteindre dans un hôpital à Paris et personne ne se souciait de mon agonie.

Pourquoi ?

Qu'est-ce qui arrivera à ma femme, mes deux enfants, mes peintures, ma maison, mon jardin – toutes les choses dont je m'étais occupé ? J'avais 38 ans et je commençais tout juste à atteindre quelque renommée en tant qu'artiste. Tout mon travail, toute ma lutte aboutissaient-ils à ça ?

J'étais devenu si faible que je pouvais difficilement lever ma tête ou parler. Beverly semblait épuisée, totalement vidée par l'émotion. Je ne voulais pas lui dire que je pensai que ma fin était proche. Je lui dis que je ne pouvais tenir plus longtemps. J'avais vu qu’il faisait nuit noire par la fenêtre de la chambre nue de l'hôpital.

Plus tard, une fois rentré aux Etats-Unis, des docteurs américains m'ont dit qu'à partir de l'instant de la perforation, mon espérance de vie était approximativement de cinq heures. L'état dans lequel je me trouvais était comparable à celui d'une crise d'appendicite.

Vers neuf heures du soir, une des infirmières entra dans la chambre. Elle dit que le docteur était rentré chez lui et que l'opération ne pourrait être pratiquée avant le lendemain matin. Je sus que je ne survivrais pas jusque-là. Dix heures s'étaient écoulées depuis que le trou dans mon estomac s'était formé. J'avais lutté aussi longtemps et aussi durement que j'ai pu pour rester en vie. Il ne me restait rien. Il m'était impossible de rassembler mes ressources pour respirer encore.

Je savais maintenant que j'étais en train de mourir. Je savais que mourir était la seule voie menant hors de ce monde de douleur.

Mourir était la chose la plus simple du monde. Tout ce que j'avais à faire, c'était cesser de lutter pour inspirer, expirer. Je me tournai vers Beverly qui avait pleuré pendant des heures, et je ne l'avais jamais vue aussi bouleversée. Luttant contre les flots de larmes, je lui dis que je l'aimais beaucoup. Je lui dis que c'était fini. Nous nous dîmes adieu. Je n'avais pas le courage ou la ressource d’en dire plus. Elle se leva de la chaise à côté du lit et m'entoura de ses bras. Elle m'embrassa et me dit qu'elle m'aimait et qu'elle m'aimerait toujours, puis elle me dit au revoir. Elle se rassit et pleura du plus profond de son être.

En me disant à moi-même « Finissons-en maintenant », je fermai les yeux. La dernière chose que je vis furent les épaules de ma femme secouées par les sanglots et ses mains pressées sur ses yeux quand j'entrai dans l'oubli. Je savais que ce qui allait se passer, ensuite, ce serait la fin de toute espèce de conscience ou d'existence. Je savais que c'était vrai. L'idée d'une quelconque vie après la mort n'avait jamais effleuré mon esprit parce que je ne crois pas à ce genre de choses.

Je savais avec certitude qu'il n'y a rien après la mort. Seuls les simples d'esprit croyaient en ce genre de choses. De plus, je ne croyais pas en Dieu, ni au ciel, ni à l'enfer, ni en d'autres contes de fées.

J'appareillai vers les ténèbres, un sommeil dans l'annihilation.

~ 2 ~

La descente

Je me levai. Et j'ouvris les yeux pour voir pourquoi je me levais... Je me trouvais entre les deux lits dans la chambre de l'hôpital. Quelque chose n'allait pas. Pourquoi étais-je vivant ? J'avais voulu oublier, échapper à la douleur qui me consumait en entier, insupportable.

« Est-ce que ça pourrait être un rêve? » continuai-je à penser. « Cela doit être un rêve ». Mais je savais que ce n'en était pas un. J'étais conscient que je me sentais plus alerte, plus vigilant et plus vivant que jamais je ne l'avais jamais été de toute ma vie. Tous mes sens étaient extrêmement développés. Tout autour de moi et en moi était vivant. Les plaques de linoleum par terre étaient éclatantes et douces, et mes pieds nus m'envoyaient une sensation moelleuse et collante à leur contact.

La lumière brillante de la pièce illuminait chaque détail d’une clarté cristalline. Un mélange d'odeur d'urine éventée, de sueur, de résidus d'eau de Javel des draps et de peinture d'émail remplissait mes narines. Les sons de ma respiration et le sang coulant à travers mes veines bourdonnaient dans mes oreilles. La surface de ma peau picotait avec la sensation de l'air passant au-dessus d'elle. Ma bouche avait un goût éventé et était sèche. Il était bizarre de sentir que tous mes sens étaient exacerbés et alertes, comme si je venais de naître. Des pensées se bousculaient à travers mon esprit: « Ce n'est pas un rêve. Je suis plus vivant que je ne l'ai jamais été ».

 

Ceci est trop réel. Je serrai les poings et je fus étonné de voir combien je sentais davantage. Je pouvais sentir les os dans mes mains, les muscles qui s'étendaient et se contractaient, la peau pressée contre la peau. Je touchai mon corps avec mes mains en différents endroits et tout était intact, vivant. Ma tête, mes épaules, mes bras, mon abdomen, et mes cuisses étaient tous intacts. Je me pinçai et j'eus mal. J'étais conscient de mon problème à l'estomac, mais il n'était pas aussi grave qu'avant. C'était plutôt le souvenir d'une douleur. J'étais profondément conscient de ma situation et de la nécessité d'avoir une opération dès que possible. Sous tous les aspects, j'étais plus vivant que je ne l'avais jamais été de ma vie.

Je regardai mon compagnon de chambre, Monsieur Fleurin: ses yeux étaient à moitié fermés. Je me tournai et regardai Beverly assise sur la chaise près de mon lit. Elle était immobile, regardant fixement le sol. Elle paraissait physiquement épuisée par le chagrin. Je lui parlai mais elle ne sembla pas m'entendre. Elle était assise et restait absolument immobile. Je cessai d'essayer de parler avec elle pour un moment parce que quelque chose qui se trouvait entre nous attira mon attention.

Dans le lit, sous le drap, il y avait quelqu’un.

Quand je me penchai pour voir le visage de la personne dans ce lit, je fus horrifié de voir sa ressemblance avec mon propre visage. Il était impossible que cette chose puisse être moi parce que je me tenais au-dessus d'elle et parce que je la regardais. Je baissai le regard sur la reproduction de mes mains, de mes bras, de mon torse, de mes jambes et de mes pieds sous ce drap. Il ressemblait à mon visage, mais il avait l'air dépourvu de signification, comme une coquille vide et sans vie.

J'étais debout, là, près du lit et je regardais le corps dans le lit. Tout ce qui était moi, ma conscience, et mon être physique, se tenait à côté du lit. Non, ce n'était pas moi allongé dans ce lit, c'était juste une chose qui n'avait aucune importance pour moi. Elle aurait tout aussi bien pu être un paquet de viande du supermarché.

L'impossibilité de la situation fit chanceler mon esprit. J'avais dû devenir fou. Quelque part, j'avais dissocié mon être en deux parties, j'étais schizophrène, complètement fou, délirant. Mais je ne m'étais jamais senti plus alerte et conscient. Je voulais désespérément alerter Beverly, et je commençai à crier devant elle pour dire quelque chose, mais elle resta de marbre sur la chaise à côté du lit. Je hurlai et tempêtai contre elle, mais elle se contenta de m'ignorer. J'avais beau crier de toutes mes forces ou la maudire, elle n'avait pas de réaction : ses yeux ne clignaient même pas !

Il était impossible qu'elle ne puisse pas entendre mes hurlements.

Je me tournai vers Monsieur Fleurin dans le lit derrière moi. Je me penchai sur lui et criai à quelques pouces de son visage : « Pourquoi m'ignorez-vous ? ». Il regardait directement à travers moi comme si je n'étais pas là. Je pus voir mes gouttelettes de salive frappant son visage pendant que je criais. Il regardait fixement à travers moi comme si j'avais été transparent. Rien ne se passait normalement. J'éprouvai un sentiment croissant d'angoisse... Et là, la colère, la peur et la confusion s'emparèrent de moi.

La pièce de l'hôpital était brillamment éclairée. Tout était extrêmement clair. Les détails étaient marqués et distincts. Chaque nuance du linoleum, chaque bosse dans la peinture sur les lits de métal étaient agrandies. Je n'avais jamais vu le monde avec une telle clarté et une telle exactitude. Chaque chose était tellement marquée qu'elle en était surabondante. Mon sens du goût, du toucher et de la température explosait. Le goût dans ma bouche était affreux parce qu'il était surpuissant.